Esfumado signifie « évanoui » ou « disparu », avec l’image de quelque chose qui se dissipe comme de la fumée. Dans la chanson, « lo que un día construimos se ha esfumado » exprime la douleur de voir une relation et tout ce qui a été construit ensemble disparaître peu à peu.
Avec Lo Que Construimos, l'artiste mexicaine Natalia Lafourcade nous plonge au cœur d'une rupture sans fard ni faux drame. Dès l'ouverture, elle pose les faits avec une franchise brutale : « Esta historia terminó, no existe » (Cette histoire s'est terminée, elle n'existe plus). Ce que le couple a bâti s'est évaporé (« se ha esfumado ») et est emporté par les rafales de vent (« Se lo lleva el viento »). Pourtant, rompre n'a rien d'instantané dans la tête. Elle compare son ex à une ombre familière avec la formule « eres un fantasma conmigo caminando » (tu es un fantôme qui marche avec moi). Même si la maison s'écroule, elle refuse l'amertume : elle insiste avec force sur « No creas que no valió la pena » (Ne crois pas que ça n'en valait pas la peine).
J'adore la lucidité de son aveu vers le milieu du morceau : « Yo no aprendí a soltar amores » (Je n'ai pas appris à lâcher les amours). Le verbe espagnol soltar signifie littéralement lâcher prise, desserrer une étreinte physique, ce qui rend l'effort d'abandonner l'autre presque physique. Elle admet aussi avec pragmatisme : « Eras una apuesta de largo plazo » (Tu étais un pari sur le long terme). C'est direct, un brin financier comme métaphore, mais tellement vrai quand on s'est investi pour des années. Même dans la douleur, elle s'accroche à l'idée que ce chagrin leur appartient en exclusivité : « Fue sólo nuestro » (C'était seulement le nôtre).