Pica est un mot très intéressant ici car il a plusieurs significations. Littéralement, il peut désigner le poinçon utilisé par le contrôleur de tramway pour valider les tickets, ou l'action de poinçonner.
Cependant, dans le contexte de la chanson, il prend une connotation plus familière et métaphorique, signifiant l'excitation, l'attrait ou même le coup de foudre que le narrateur ressent pour le contrôleur de tramway (le 'pica do sete'). C'est ce double sens qui rend le mot si captivant et central à l'intrigue de la chanson.
Dans cette chanson, le narrateur prend chaque matin le tramway numéro 7, mais le trajet n’est qu’un prétexte. Il attend surtout le contrôleur, le « pica », dont le poinçon et l’allure font battre son cœur. « Eu bem que não queria / Mas um certo dia vi-o passar » [Je ne le voulais vraiment pas, mais un jour je l’ai vu passer] : depuis cette rencontre, un simple employé de la Carris, le réseau de transports de Lisbonne, est devenu l’objet d’un grand rêve amoureux. Le mot « pica » est au centre du jeu de mots : il désigne le poinçonneur, tout en évoquant l’excitation que cet homme provoque chez lui.
Tout devient alors démesuré et très drôle. Le clic de l’appareil à tickets sonne comme une alarme dans sa poitrine, et même un retard ou un déraillement ne peut détourner son attention. « Um mero trajecto / No meu caso concreto é já o destino » [Un simple trajet, dans mon cas précis, est déjà la destination] : pour lui, prendre le 7 suffit. Il imagine même demander au contrôleur s’il possède un « livre passe » [un abonnement gratuit] pour le cœur de quelqu’un, avant de plaisanter sur le fait de lui « obliterar o peito » [poinçonner aussi la poitrine]. Entre vocabulaire des transports, désir secret et exagération comique, António Zambujo transforme un trajet ordinaire en rendez-vous amoureux très particulier.